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by Moda Domani Institute

Bref, j’ai fait l’expo Alexander McQueen !

Il est des évènements qui méritent que l’on bouscule absolument tout pour en être, même l’impossible, quitte à prendre des risques parfois irraisonnés.

Souvenez-vous la dernière fois que vous êtes dit : j’y vais, quoiqu’il arrive, peu importe le prix, les risques ou la fatigue, je mentirai à la terre entière s’il le faut. C’est inéluctable, j’y vais !

Pour ma part, je dois avouer que ces petits coups de folie ont frappé plusieurs fois ! Particulièrement pour la musique. Je me souviens avoir parcouru des centaines de kilomètres aller/retour en un temps record pour assister à un concert de Radiohead, de Led zeppelin, un Mix de Wax Taylor ou de Kavinsky, une quasi messe religieuse de Dead Can Dance ou encore une exposition comme l’incontournable rétrospective que le Grand Palais eu la – lumineuse – idée de consacrer à Hopper.

Systématiquement confronté aux mêmes dilemmes, je me disais tant pis pour la réunion du lendemain matin. Je ferai nuit blanche si nécéssaire, mais j’y vais. La veille de la première épreuve du baccalauréat, je me souviens avoir fait le mur de l’internat et avoir parcouru 250 kms, à l’arrière d’une moto, sous la pluie, pour assister au concert de Supertramp.

Le lendemain aux aurores, alors que je passe enfin la porte du lycée, le CPE m’interpelle et me dit d’un ton que je ne parviens toujours pas à qualifier :

– « Tiens, tes parents ont appelé à plusieurs reprises hier soir. Ils voulaient savoir comment tu te sentais avant l’épreuve de Philo ! Je leur ai dit que tu étais en salle d’études à réviser tes fiches ».

– « Très bien » lui ai-je répondu d’un air surpris ! Sans demander mon reste, sentant mon cœur battre jusque dans ma gorge, je repris aussitôt mon chemin lorsque je l’entendis murmurer :

– « Je n’ai pas jugé utile de leur préciser que tu étais parti au concert de Supertramp, la veille du BAC ! »

Oui, certains évènements méritent que l’on prenne ces risques ou que l’on fasse des efforts inhabituels. Pourquoi ? Par passion sans doute mais aussi pour vivre « l’expérience » unique, exceptionnelle, sensationnelle. Parfois par empathie ! Pour donner corps à ce que les adultes me racontaient si fièrement lorsque j’étais enfant « Tu sais, ta mère et moi avons vu Mickael Jackson sur scène, Brel, les Beatles ou Barbara » !

Celui que je viens de vivre avec mes étudiants, ici, à Londres, vaut largement que l’on manque honteusement la fête des mères ou un devoir sur table lié aux algorithmes, l’anniversaire du copain de Bettina, la cousine par alliance! Cet évènement mérite que l’on traverse la Manche quitte à tenter l’aller/Retour dans la journée !

L’expo Savage Beauty sur Alexander McQueen !

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Après un succès enregistrant plus de 600 000 visiteurs au Metropolitan Museum of Art de New York, l’exposition Savage Beauty consacrée à Alexander McQueen s’offre un nouvel écrin et pas des moindres puisqu’il s’agit du majestueux V&A de Londres. Une suite prometteuse avec plus de 70 000 tickets achetés en ligne depuis l’Australie ou le Brésil ! Comptez 24 euros pour le ticket d’entrée mais soyez assurés que vous ne le regretterez pas !

Tant que j’y suis, ne vous méprenez pas. Il ne s’agit absolument pas de Mode ! Mais bien d’art. Cette exposition s’appréhende de la même manière qu’une exposition sur Dali, Sonia Delaunay ou Picasso. Au même titre qu’une œuvre cinématographique ou musicale. Aucune connaissance requise mais simplement une capacité à se laisser porter, le temps d’un rêve savamment orchestré par Sam Gainsbury avec la curation de Claire Wilcox !

Le plus difficile est ce qui suit : Vous raconter ce que j’ai vu ! Etant encore plongé dans cette inéluctable expérience onirique, j’ai du mal à placer des mots rationnels sur la palette d’émotions proposées dans ce spectacle. J’aimerais clôturer ce billet en vous invitant à vous y rendre et tester par vous-mêmes ! Trop facile ? Oui, Je sais !

Vous insistez ! Ok je lance quelques mots :

Onirique, fantasmagorique, sombre parfois même très sombre, ciné-génique (en référence aux Oiseaux d’Hitchcock, Scorsese ou encore Tony Scott), Terriblement romantique, étrange, dérangeant, effroyablement perfectionniste, quête d’un « beau » bien loin des canons de la mode, morbide, animal, bestial, « nationaliste romantique », sculptural (ou l’impertinence face à la couronne britannique), irrévérencieux, audacieux, libre, sonore, « génial » comme génie !

Lors de l’exposition consacrée à Azzedine Alaïa au musée Galliera, je me souviens m’être demandé comment le dernier des couturier s’y prenait pour réaliser ses robes avec si peu de coutures apparentes et une telle perfection. J’étais ému par la technicité de l’artisan créateur, par sa quête de l’impossible. Cette fois, bien qu’à nouveau interloqué par la réalisation technique des vêtements, l’essentiel de ma fascination se tournait vers l’insolente imagination du créateur. Personnellement, j’ai trouvé un peu de Dries Van Noten, de Giger, de Joel Peter Witkin (âmes sensibles s’abstenir), d’Hitchcock, d’Alien (Ridley Scott) dans l’oeuvre d’Alexander McQueen.

Je n’aurais pas aimé jeter un œil dans le cerveau, sans doute très torturée, du diplômé de la Saint Martins College of London (au même titre de Galliano ou Stella Mc McCartney). Je reste en revanche fasciné devant ce que ce même cerveau fut capable de créer jusqu’à ce qu’un 11 février 2010, McQueen, alors agé de 40 ans, décide de l’éteindre. C’était au lendemain du décès de sa mère, la caarière de l’artiste designer est à son apogée.

Une partie du blues est morte avec BB King le 14 mai dernier. Je viens de comprendre, assez tardivement, qu’une grande partie de la mode et de l’art était morte le 11 février 2010, avec la disparition tragique de ce génie.

L’expo se tient jusqu’en juillet. Les places se réservent trois semaines à l’avance.

D’ici là, un court extrait d’une vidéo Hologramme vollée (malgré les interdictions) – Shuuut, c’est pour vous que j’ai fait cela !

Bref, j’ai fait l’expo McQueen !

P.S. Bon à savoir : Sur présentation de leurs billets de train, les voyageurs Eurostar bénéficient de deux entrées pour le prix d’une. Infos : www.vam.ac.uk & www.eurostar.com

Crédits photos couverture : http://blog.metmuseum.org/alexandermcqueen/

Crédits Vidéos et photos : Pierre Kalaijian


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